L’historique du Cercle Grand-Ducal d’Escrime

Le Cercle Grand-Ducal d’Escrime a été créé en 1879 sous la dénomination “Cercle Grand-Ducal d’Escrime et de Gymnastique” par une équipe de pionniers aux idées d’avant-garde. Alors que la gymnastique n’a été décrétée obligatoire dans les écoles primaires et secondaires qu’en 1912, le Cercle Grand-Ducal comportait déjà à ses débuts une section de gymnastique féminine.

 

Le but essentiel de ces pionniers était de donner à tous la possibilité de s’adonner à des activités sportives. L’escrime, outre qu’elle participe au développement physique, apporte en plus une contribution appréciable à la formation du caractère et plus généralement de la personnalité.

 

L’histoire du Cercle Grand-Ducal d’Escrime et de Gymnastique reflète celle du sport luxembourgeois en général, comme celle de l’escrime en particulier. Elle permet de comprendre le développement du sport moderne et également comment l’escrime en tant que sport individuel s’est créée, structurée et développée pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

 

Il est indispensable de préciser d’abord un point important. Le cercle d’escrime qui fête son 125ème anniversaire était à l’origine une section d’une société aux activités multiples dont il ne s’est détaché définitivement qu’après la 2ème guerre mondiale. Pendant près de soixante-dix ans, l’histoire de la section d’escrime se confond donc avec celle de cette société aux activités diverses.

 

Faut-il souligner qu’un club sportif de 1879 n’a rien à voir avec un club sportif de 2004. Aujourd’hui, malgré le fait que le sport de loisir ait pris un essor immense, le sport de compétition prime sur celui-ci.

 

En 1879, le sport de compétition et l’escrime étaient l’apanage de la bourgeoisie masculine, étudiants ou citadins installés dans la vie, ainsi que de quelques militaires.

 

Le sport était considéré exclusivement comme un agrément : ce que l’on appelle aujourd’hui sport de loisir. L’activité sportive en 1879 avait un sens très large ; se réunir, danser, chanter, bouger, faire des jeux, tirer au fusil, faire de l’escrime, monter des pièces de théâtre ou organiser des banquets. On ne trouvait pas dans la presse de l’époque de résultats de compétions, ni concours de tir, ni classement après de multiples assauts d’escrime ou d’exercices de gymnastique.

 

Le sport pratiqué à l’ancienne ne comportait donc pas de spécialisation. Un membre actif du Cercle Grand-Ducal faisait de la gymnastique, s’adonnait à l’escrime, s’exerçait au tir. Les différentes sections n’étaient pas séparées, mais elles étaient fréquentées par les mêmes personnes. Les dirigeants étaient maîtres d’escrime et de gymnastique. A la fin du 19ème siècle apparaissent peu à peu dans les journaux des résultats de compétitions, signe infaillible de la naissance de la compétition sportive.

 

La société sportive fut placée sous le patronage du Roi Grand-Duc et reçut en 1883 le titre de “Cercle Royal Grand-Ducal d’Escrime et de Gymnastique”. Dès les premières années, le Cercle Grand-Ducal prit part à de nombreux concours tant sur le plan local qu’international.

 

Il avait toujours à coeur d’intéresser le grand public et particulièrement la jeunesse locale grâce à la gymnastique et aux exercices physiques. A cet effet, il organisait de grandes réunions sportives à Luxembourg.

 

A cet égard, il est intéressant de citer une lettre du Cercle Grand-Ducal de 1906, dans laquelle sont vantés les mérites de l’activité sportive: “L’influence salutaire de la gymnastique sur le développement harmonieux de l’homme n’est plus contestée par personne”.

 

Que devenait l’escrime? Dès le début, la section escrime était dirigée par un sergent major, maître d’armes et professeur de gymnastique. Certains documents révèlent que l’escrime était restée une affaire d’hommes posés et d’âge mûr.

 

N’oublions pas que l’escrime moderne ne se développe qu’au début du 20ème siècle, et plus particulièrement en France, en Italie et en Hongrie. Ce qui compte alors avant tout c’est la manière et non le résultat. L’escrime se développe au sein du Cercle Grand-Ducal sur la base de l’école française. Nous ne trouvons aucune trace de concours à cette époque.

 

Après la première guerre mondiale, le Cercle Grand-Ducal développe les sections de jeunes qui s’intéressent aux compétitions d’athlétisme. Entre-temps, la spécialisation des sports fait son chemin. Si on trouve encore des sportifs pratiquant plusieurs sports il est réalisé qu’on ne s’impose vraiment que dans une spécialité. Le sportif se spécialise et pratique un seul sport afin de parfaire ses connaissances et aptitudes pour mieux défendre ses chances lors des compétitions.

 

A partir des années 1920, grâce à M. Robert CODRONS, animateur pendant plus de 50 ans, la section escrime développe de nombreuses activités. En 1922, elle organise un grand gala d’escrime sous la direction du bourgmestre Gaston DIEDERICH. Seul à pratiquer l’escrime, le Cercle Grand-Ducal organise des soirées d’escrime à Luxembourg et à Arlon, en collaboration avec le Cercle Civil d’Escrime d’Arlon.

 

Plus tard, en 1935, le Cercle Grand-Ducal d’Escrime de Luxembourg fait partie d’un groupement de trois cercles luxembourgeois (le Cercle Grand-Ducal d’Escrime, le Cercle d’Escrime d’Esch et le Fleuret Club de Luxembourg) qui deviendra en 1937 la Fédération Luxembourgeoise d’Escrime. A partir de là, des progrès sont réalisés permettant à des escrimeurs luxembourgeois de participer à des tournois à l’étranger.

 

Pendant la seconde guerre mondiale, le Cercle Grand-Ducal a été dissous car il refusait de s’incliner devant les exigences de l’envahisseur. Sa fortune et son matériel furent confisqués, ses archives détruites. De nombreux membres connurent les affres des camps de concentration.

 

La reprise des activités fut longue et difficile après la guerre et au début des années cinquante. Le Cercle Grand-Ducal d’Escrime prit définitivement son indépendance et l’a conservée jusqu’à aujourd’hui.

 

Tout comme avant la guerre, l’histoire du Cercle Grand-Ducal d’Escrime est un perpétuel renouvellement. Le cercle, dont l’activité est exemplaire, recrute et forme quantité de jeunes escrimeurs. D’autre part, comme à ses débuts, il offre à tous la possibilité de découvrir l’escrime, de pratiquer à sa guise ce sport souvent considéré comme un art. D’ailleurs, dans ce domaine, durant les 15 dernières années, Mariette SCHMIT et Cédric ANEN ont défendu avec brio les couleurs du Cercle Grand-Ducal d’Escrime sur les pistes mondiales.

 

Si après les années 20 et pendant plus de cinquante ans, Robert CODRONS était un animateur dévoué à sa société, il faut citer également Yvonne LENTZ qui a consacré de nombreuses années au CGDEL.

 

Cet esprit d’organisation est resté vif parmi les membres qui, en 1991, grâce à l’esprit d’initiative d’ André SCHROELL et de Jean-Paul KOPS, ont mis sur pied une compétition de niveau international. Ce tournoi à l’épée féminine, actuellement repris dans les épreuves de la coupe du monde a été organisé en souvenir du Maître d’Armes Jozef NOWARA disparu tragiquement dans un accident de la circulation en novembre 1984.

 

Au cours de la saison actuelle 2007-2008, le tournoi coupe du monde “Souvenir Jozef Nowara” est organisé pour la 18ème fois.

 

Le cercle a gardé l’esprit de ses pionniers, c’est à dire permettre à tous le développement physique et la formation du caractère tout en donnant la possibilité à celui ou celle qui le désire de participer à des compétitions importantes à tous les niveaux.

 

Philippe Simon
Maître d’Armes

 

La brochure publiée à l’occasion de notre centenaire en pdf